soignant-lit-hopital-ambiance-calme
Blog, Santé

Chute d’Escarre : Qu’est-ce que c’est et Pourquoi ça Arrive ?

Le terme « chute d’escarre » vous semble flou ou inquiétant ? C’est normal, il prête souvent à confusion.

Ce guide vous explique clairement ce que c’est, pourquoi ça arrive et comment c’est pris en charge.

Qu’est-ce que la chute d’escarre ? Définition médicale précise

La « chute d’escarre » est une expression médicale utilisée en France pour décrire un saignement tardif après une opération de la prostate. Plus précisément, il s’agit d’une hématurie macroscopique, ce qui veut dire que du sang est visible à l’œil nu dans les urines.

Ce phénomène survient dans les semaines qui suivent une résection trans-urétrale de la prostate (RTUP). C’est une intervention courante pour traiter l’hypertrophie bénigne de la prostate. Il ne s’agit donc pas d’une chute au sens littéral, mais de l’apparition d’un saignement post-opératoire.

  • Terminologie française : Chute d’escarre
  • Équivalent anglais : Secondary bleeding (hémorragie secondaire)

C’est une complication connue des urologues et qui est mentionnée dans la fiche d’information de l’Association Française d’Urologie (AFU) remise au patient avant une RTUP. Le risque, bien que faible, est donc anticipé par le service médical. En cas de doute, tous les patients sont invités à contacter leur chirurgien.

Chute d’escarre urologique vs. escarre cutanée : attention à la confusion

Le mot « escarre » est la source de la confusion. Il désigne deux choses très différentes selon le contexte. Il est important de ne pas les mélanger car leur cause et leur traitement n’ont rien à voir. En France, la distinction est essentielle pour comprendre le diagnostic.

Voici les différences clés entre les deux pour y voir clair.

La chute d’escarre en urologie

C’est le sujet principal de cet article. Il s’agit d’un phénomène interne lié à une intervention chirurgicale.

  • Contexte : Apparaît après une opération de la prostate (RTUP).
  • Localisation : Interne, au niveau de la zone opérée de la prostate.
  • Nature : Un saignement dans les urines (hématurie).
  • Spécialité concernée : Urologie.

L’escarre de la peau (ou plaie de pression)

C’est ce que la plupart des gens entendent par « escarre ». C’est une plaie qui se forme sur la peau.

  • Contexte : Apparaît à cause d’une pression longue et continue sur une zone du corps, souvent chez les personnes alitées ou en fauteuil.
  • Localisation : Externe, sur la peau (talons, fesses, dos).
  • Nature : Une lésion de la peau qui peut devenir une plaie profonde.
  • Spécialité concernée : Dermatologie ou soins infirmiers.

Le traitement d’une escarre cutanée n’a rien à voir. Il consiste à réduire la pression sur la zone, nettoyer la plaie, appliquer des pansements adaptés et surveiller l’alimentation du patient. Dans les cas les plus graves, une chirurgie (greffe de peau) peut être nécessaire. La prévention reste le meilleur traitement.

Le mécanisme : pourquoi la chute d’escarre se produit-elle ?

Pour comprendre pourquoi ce saignement arrive, il faut revenir à l’opération elle-même, la RTUP. Durant cette intervention, le chirurgien utilise un instrument avec un arc électrique pour enlever des morceaux de la prostate. Cette chaleur a un double effet : elle coupe les tissus mais elle cautérise aussi les vaisseaux sanguins en même temps.

Cette cautérisation crée une sorte de « croûte » de coagulation sur la surface opérée. C’est cette croûte interne que les médecins appellent « escarre ». Elle joue un rôle de pansement naturel pendant que la zone cicatrise en dessous. Sous cette escarre, un nouveau tissu se forme, le tissu de granulation, qui est très riche en petits vaisseaux sanguins.

La « chute d’escarre » se produit quand cette croûte de protection se détache et tombe, quelques semaines après l’opération. En tombant, elle expose les nouveaux vaisseaux sanguins fragiles du tissu de granulation, ce qui provoque le saignement que l’on retrouve dans les urines. C’est un peu comme une croûte sur une plaie au genou qui tombe trop tôt et fait saigner à nouveau.

Il faut savoir que cette explication est une thèse largement admise par les médecins pour expliquer le phénomène, même si elle n’a pas été formellement confirmée par des études spécifiques. Cette même expression est parfois utilisée en gastro-entérologie pour décrire un mécanisme similaire après certaines interventions.

Quand survient-elle et quels sont les symptômes à surveiller ?

La chute d’escarre est une complication retardée. Elle ne se produit pas juste après l’opération mais bien après le retour à domicile du patient. C’est pour cette raison qu’il faut rester vigilant.

Le moment de la survenue

Le saignement apparaît le plus souvent au cours de la deuxième semaine après la RTUP. Une étude a observé une survenue médiane au 11ème jour post-opératoire. Il est donc normal de ne rien avoir la première semaine et de voir ce phénomène se déclencher plus tard.

Les symptômes à reconnaître

La gravité de la chute d’escarre peut varier. Il y a deux cas de figure principaux :

  • Forme légère (la plus fréquente) : Il s’agit d’un épisode de saignement passager dans les urines. L’urine peut être rosée ou rouge clair pendant quelques heures ou un jour, puis tout rentre dans l’ordre.
  • Forme sévère (plus rare) : Le saignement est beaucoup plus important. Il faut alors surveiller l’apparition de signes plus alarmants :
    • Une hématurie macroscopique importante, avec une urine très rouge.
    • La formation de caillots de sang dans la vessie (caillotage vésical).
    • Un blocage complet de la vessie, avec une incapacité à uriner malgré une forte envie. C’est une urgence médicale appelée rétention vésicale aiguë (RVA).

Que faire ? Si vous observez du sang dans vos urines après une RTUP, même en petite quantité, il est conseillé de contacter le service d’urologie qui vous a opéré. Si vous avez des caillots ou si vous êtes bloqué, il faut consulter en urgence.

Fréquence et facteurs de risque potentiels

Même si c’est une complication connue, la chute d’escarre reste un phénomène relativement peu fréquent, surtout dans ses formes graves.

Quelle est la fréquence ?

Les chiffres varient dans la littérature médicale. Certaines études parlent d’une fréquence allant de 2 % à 25 % de tous les patients opérés. Cette grande fourchette s’explique par le fait que beaucoup de cas sont légers et ne nécessitent pas d’intervention.

Si l’on regarde uniquement les cas graves qui demandent une nouvelle hospitalisation, la fréquence est bien plus basse. Une étude rétrospective menée en France sur 624 patients a montré que seulement 1,6 % des patients ont été ré-hospitalisés pour une chute d’escarre sévère.

Y a-t-il des facteurs de risque ?

Les chercheurs ont essayé d’identifier des facteurs qui pourraient augmenter le risque de chute d’escarre, mais pour l’instant, aucune corrélation formelle n’a été établie pour les cas graves. Les acteurs de la santé continuent d’étudier la question. Les données sont souvent compilées dans des documents au format PDF, dont les métadonnées peuvent contenir des termes comme `endstream endobj obj`, mais ces détails techniques ne concernent pas directement le patient.

Parmi les pistes étudiées qui n’ont PAS montré de lien clair, on trouve :

  • L’âge du patient (des patients de plus de 80 ans n’ont pas plus de risque).
  • Les antécédents d’infection urinaire.
  • La présence d’une sonde avant l’opération.
  • Le volume de la prostate ou le poids des tissus retirés.
  • La durée de l’opération ou l’expérience du chirurgien.
  • La prise de certains médicaments comme les anticoagulants.

Une étude (HARVEY) a toutefois trouvé un lien entre les hémorragies secondaires et la présence d’une infection urinaire au moment où la sonde est retirée. Cependant, donner des antibiotiques en prévention ne semble pas diminuer ce risque. La recherche sur le sujet continue.

Comment la chute d’escarre est-elle prise en charge ?

La prise en charge dépend directement de la gravité du saignement. Le but du traitement est toujours le même : arrêter l’hémorragie et s’assurer que la vessie peut se vider correctement. La plupart du temps, l’hospitalisation est de courte durée.

Pour les cas légers

Si le saignement est faible et sans caillots, la prise en charge est simple. Le principal conseil est le repos et une bonne hydratation. Boire beaucoup d’eau permet de diluer les urines, ce qui aide à éviter la formation de caillots et facilite leur évacuation naturelle. Souvent, aucune autre intervention n’est nécessaire.

Pour les cas avec caillots ou blocage

Si le saignement est plus important ou si des caillots bloquent la vessie, une hospitalisation est nécessaire. Le traitement standard consiste à :

  • Mettre en place une sonde vésicale : Une sonde est insérée dans la vessie via l’urètre.
  • Effectuer un lavage vésical : De l’eau stérile est injectée via la sonde pour laver la vessie et évacuer les caillots qui s’y trouvent. Ce lavage peut durer plusieurs heures ou jours, jusqu’à ce que l’urine redevienne claire.

Dans l’étude française citée, cette méthode a suffi pour tous les patients hospitalisés. Aucun patient n’a eu besoin d’être réopéré ou d’avoir un décaillotage sous anesthésie générale. Cela montre que la prise en charge est généralement efficace sans nouvelle chirurgie.

En cas d’anémie importante

Dans de très rares cas, le saignement peut être assez important pour provoquer une anémie (baisse des globules rouges). Si le taux d’hémoglobine descend trop bas (par exemple, en dessous de 7 gr/dl), une transfusion sanguine peut être réalisée pour stabiliser le patient. Cela a concerné deux patients sur dix dans l’étude rapportée.

Prévention : que peut faire le patient ?

C’est une question légitime après une opération : que faire pour éviter cette complication ? Malheureusement, la réponse est simple : il n’existe aucun traitement préventif connu (prophylactique) pour empêcher la survenue d’une chute d’escarre.

Le seul et unique conseil pratique à suivre après l’opération et lors du retour à domicile est de maintenir un apport abondant et régulier de boisson. Il est recommandé de boire au moins 1,5 à 2 litres d’eau par jour.

Le but de cette hyperhydratation est simple :

  • Garder les urines claires et diluées.
  • Empêcher la formation de caillots si un petit saignement devait se produire.
  • Faciliter l’évacuation naturelle de petits débris ou caillots.

En résumé, bien boire ne prévient pas la chute de l’escarre elle-même, mais réduit fortement le risque de complication (caillotage, blocage) si elle survient.

La chute d’escarre est donc un événement post-opératoire normal dans le processus de cicatrisation, même s’il peut être impressionnant. C’est un saignement lié à la RTUP, qui est le plus souvent sans gravité mais qui impose une surveillance. Le principal réflexe à avoir est de bien s’hydrater après l’opération et de contacter son urologue au moindre saignement, et les urgences en cas de blocage.

Avis médical

Cet article a un but purement informatif. Il ne remplace en aucun cas une consultation ou un diagnostic posé par un professionnel de santé. Seul un médecin peut évaluer correctement votre situation et vous proposer le traitement adapté. Si vous pensez avoir une escarre cutanée, consultez des spécialistes en dermatologie. Vous pouvez trouver des spécialistes dermatologues près de chez vous pour une prise en charge. En cas de saignement urinaire après une opération, contactez immédiatement le service d’urologie qui vous a suivi.

Vous pourriez également aimer...